Le Nouvellsite:
6 mai 2010 - JEFF ALBELDA
C'est sur disque que le groupe Charlotte Parfois fait
son cinéma. Il présente son troisième
opus «Komödie» ce vendredi soir à
la D'Zine de Fully.
Patrick Fellay, Martial Germanier, Xavier Moillen, Olivier
Grandjean et Nicolas Bourban. Pas facile de leur tailler
un costard. dr «La question de la sincérité
sur scène m'a toujours interpellé. Je pense
souvent à ce disque de Vic Chesnutt «Is The
Actor Happy»... Sur scène, on est toujours
dans cette contradiction ou ce décalage entre ce
qu'on ressent et ce qu'on exprime.» Patrick Fellay,
l'une des têtes pensantes de l'hydre Charlotte Parfois,
est une personnalité en questionnement perpétuel.
Voire inquiète.
Son groupe, pourtant, véhicule une image de drôlerie
cynique totalement assumée. Mais pour qui tend
un peu l'oreille, derrière les traits d'esprit
piquants se dissimule souvent une réelle empathie
pour les gens cabossés, une certaine détresse,
même.
Si à ses débuts Charlotte se montrait volontiers
grivoise, pour son troisième album «Komödie»,
elle tombe un peu plus le masque, montre quelques fêlures
comme sur le poignant «Y croyez-vous».
«Même s'il y a effectivement des morceaux
plus personnels ou intériorisés sur ce disque,
nous ne parlons pas en notre nom propre. Nous jouons en
quelque sorte des rôles. Le plus important, c'est
que ça touche ceux qui écoutent»,
nuance Xavier Moillen, batteur et violoniste, entre autres
fonctions.
Friction et création
Lorsqu'on croit cerner l'entité Charlotte, elle
se dérobe aussitôt à notre regard.
Par pudeur, par jeu aussi. Les cinq compères aiment
à brouiller les pistes, sur disque comme sur scène.
Changeant d'instrument comme de chemise sur les planches,
ils ne veulent surtout pas se laisser enfermer dans un
rôle. «Au sein du groupe, tout le monde amène
ses idées au même niveau. Ça crée
des discussions, des frottements, mais ça garde
le projet vivant», explique Patick Fellay.
Illustration parlante de la riche schizophrénie
qui alimente les débats, Xavier le batteur place
le texte «au-dessus du reste, la musique étant
plutôt une illustration», tandis que Patrick
le chanteur trouve «le français un peu écrasant»
et aime la mise en musique anglo-saxonne. Loin d'affaiblir
le propos de Charlotte Parfois, la contradiction et le
décalage trouvent une vraie force dans leurs morceaux.
Comme avec «Qu'ils se taisent» où le
quintette se permet de dire «merde à la chanson
française, à ces faiseurs de thèses».
«C'est une façon de nous moquer de nous-mêmes
et des autres, un pied de nez», rigole Xavier Moillen.
«On démarre le disque comme ça et
dès le deuxième titre, on est en plein dans
la chanson française», continue, hilare,
Patrick Fellay.
En fin de compte, on décèle ans les propos
des deux musiciens une volonté farouche de ne pas
se prendre au sérieux. Charlotte se méfie
de la poésie comme des bons sentiments, se plaît
à salir ce qui est joli, à railler ce qui
est triste ou à pleurer sur ce qui est comique.
Le titre de l'album - «Komödie» -, d'une
consonnance à la rigueur toute teutonne, est emblématique
de ce crédo de l'absurde. Celui d'un groupe qui
aime les gens plus qu'il ne se l'avoue et qui mérite
la reconnaissance, plus qu'il ne le pense. |